Phénoménologie de la douleur

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Dans sa « Perspective sereine d’une prochaine paix perpétuelle », Kant relatait une étonnante technique mise en œuvre par le stoïcien Posidonius, lequel était parvenu, en la présence du grand Pompée, à triompher d’un violent accès de goutte par la seule force de la volonté. Lui-même de santé précaire, Kant appliquera cette méthode à son propre cas ; il la désignera sous le nom de « remède stoïque ». Ces expériences d’autosuggestion tendent à démontrer que le psychisme tient une part importante dans la rémission des maladies ou, à défaut, dans leur apaisement ; de toute évidence, chacun comprendra que ni Kant ni Posidonius n’aurait eu recours à un tel procédé s’ils avaient bénéficié en leurs temps d’une thérapeutique rationnelle…

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L’injure, extrema ratio

• Rédigé par Marc Bonnant - -

« Qui critique les autres travaille à son propre amendement. » (1)

Il n’est pas une page de Schopenhauer qu’on ne lise sans opiner du bonnet, avec force résignation, consterné par la vérité originale, parfois cruelle, qu’on y découvre, et d’emblée, à la joie que l’on éprouve de se faire encore surprendre par un « classique », tout iconoclaste qu’il fût déjà en son temps, on conçoit aisément que ce penseur-là ait pu exaspérer ses pairs avec son impertinence chronique, son incoercible agressivité. Fichte, Hegel, Schelling… Postkantien comme eux, il préférait la première mouture de la Critique à sa version tardive, qu’il jugeait trop théiste à son gré. Schopenhauer l’athée, le « pessimiste de Francfort », se range dans un postkantisme singulier, loin des académismes : son tour incisif et son goût du paradoxe le distinguent de ces « philosophrastes » qu’il exècre au point de les agonir sans relâche. Que discerner dans cette saine détestation sinon l’expression d’une convoitise légitime ? Les susnommés ne lui ont-ils pas, injustement, dérobé sa chaire et son auditoire ? Celui que son époque tarde à accueillir en philosophe ne connaîtra le succès qu’en 1853, à la parution de ses fantaisistes Parerga et Paralipomena.

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Liberté d’expression : état des lieux

• Rédigé par Marc Bonnant - -

Paris, 1990. Un dirigeant des Presses de la Cité pénètre dans un bureau de tabac pour y acheter des cigarettes. Tandis qu’on le sert, son regard s’arrête sur un tourniquet où sont alignés quelques livres de poche. La couverture de l’un d’eux attire son attention : il s’agit d’un dessin très réaliste figurant un supplicié ensanglanté avec une hache plantée sur le sommet du crâne. Atterré, notre homme se saisit de l’ouvrage et en feuillette le contenu. La violence inouïe de ce qu’il découvre le terrifie : comment son honorable maison peut-elle permettre de publier de telles abominations ?

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Infinivertie, elle détranquillise

• Rédigé par Marc Bonnant - -

« J’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. »

Henri Michaux fut toute sa vie un découvreur de mondes. À soixante-dix ans, il se fait dispenser des leçons de planeur ; à quatre-vingts, il arpente les volcans d’Auvergne. Et quelques heures avant de s’éteindre, ne réclame-t-il pas un livre de sciences naturelles ? La carte des territoires qu’il a conquis supplante les géographies traditionnelles. Dans cette topologie pour partie imaginaire, où extérieur et intérieur s’entremêlent, le pays des paradis artificiels est une découverte tardive. Pourtant, l’entreprise d’exploration est appréhendée avec le plus grand sérieux, et peut-être aussi avec outrecuidance. Michaux travaille à Connaissance par les gouffres lorsqu’il écrit à Jean Paulhan : « Tu ne regretteras pas ta patience. C’est toute la psychiatrie redigérée que tu recevras. »

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